Les filles en ecole d’ingenieur

Commitstrip a encore frappé. Dans leur BD du 25 juin, ils présentent les différents types de personnes en école d’ingénieur :

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Catégorie à part : « la (jolie) fille », qui bien entendu ne peut pas partager les caractéristiques des autres élèves, d’une part, mais qui en plus a besoin de l’aide des hommes. On est en plein essentialisme : la fille est réduite à son genre et à son apparence physique, dont on déduirait ses compétences et son autonomie.

Bien entendu, les commentaires vont dans le même sens : quand une fille signale qu’elle a été dans cette situation, on lui rétorque sarcastiquement qu’elle n’est pas concernée, n’étant pas jolie…

Capture

Comme souvent, ces discours sont performatifs : à force de dire que les femmes sont absentes des écoles de programmation, on les en fait disparaitre.

Edité par Mar_Lard (avec toutes nos excuses pour le retard de publication)

Harcèlement sexuel dans le milieu des comics

L’affaire a été lancée par la dessinatrice Tess Fowler en octobre 2013 quand elle a révélé avoir été harcelée sexuellement par l’auteur & illustrateur majeur de comics Brian Wood (Demo, Northlanders, The DMZ, The Massive, Conan, X-Men…) et jusqu’ici souvent présenté comme « féministe ») il y a une dizaine d’années.

Le Docteur Nerdlove a repris et analysé cette affaire et les réactions qui ont suivi sur son blog. Avec sa permission, nous avons traduit l’article en question.

 

Privilège des nerds masculins : Tess Fowler et le harcèlement dans les comics

15 Novembre 2013 par Dr.NerdLove

Cela fait un moment que je n’ai pas fait un article sur le « Privilège des nerds masculins ». Mais finalement, il se passe toujours quelque chose dans les fandom et l’univers me donne une nouvelle opportunité d’illustrer ce qu’est le privilège masculin et comment la culture nerd est souvent impliquée dedans jusqu’au cou.

Parlons sérieusement : Je suis bien conscient qu’à chaque fois que je poste quelque chose qui touche aux problèmes féministes, j’ai un pic de connexions, et il est facile de dire que j’écrit à propos de ces sujets uniquement pour augmenter le nombre de vues et pour l’influence que cela m’apporte. Et considérant les personnes concernées, l’idée d’utiliser le féminisme comme une manière d’avancer dans une carrière est d’une certaine façon poétique. Mais le problème est là : Je suis un geek. J’aime la culture geek… tout spécialement les comics. J’aime les comics en tant qu’art et medium. Certaines de mes histoires favorites, celles qui m’ont touché émotionnellement plus que 99% de la littérature occidentale classique, venaient des comics. J’ai même occasionnellement fait quelques boulots comme créateur et éditeur. J’ai été dans les tranchées et j’ai de profondes, profondes racines dans le fandom des comics et dans cette industrie.

C’est pourquoi l’industrie des comics me fait chier à un point rarement atteint par d’autres sujets.

…et pourquoi je ne devrais pas lire « Bleeding Cool » [site d’informations sur les comics] en me levant le matin.

Parce que, aussi fort que j’aime la culture geek dans son ensemble et les comics en particulier, il y a des moments où je me souviens que malgré tous les progrès que nous avons fait, elle est encore profondément régressive et arriérée dans la façon dont elle traite les gens qui y prennent part.

Mais peut-être que je vais trop vite.

Laissez-moi revenir un peu en arrière.

Tess Fowler et la promotion canapé des comics

Le mois dernier, Tess Fowler – une auteure de comics accomplie et incroyablement douée – a posté une série de tweets à propos d’une expérience profondément déplaisante avec un gros bonnet des comics  qu’elle a rencontré à la San Diego Comic Con – la plus grosse convention comics et pop-culture des Etats-Unis. Le professionnel en question – qui a une grosse influence, travaillant pour un des plus gros titres publiés en ce moment – a dit être intéressé par son travail et l’a invitée dans sa chambre sous prétexte d’ « apprendre à mieux la connaitre » et peut-être de l’aider dans sa carrière.

Tess comprit exactement ce qu’il voulait dire par là – c’était un scénario de promotion canapé ; elle jouait le jeu (pour ainsi dire) et peut-être que cela la mènerait quelque part, clin d’œil, hum hum, inutile d’en dire plus. Ce n’était pas franchement subtil : si on se réfère à ses tweets, il a coupé ses amis au milieu d’une conversation afin de lui donner son numéro de chambre et de lui faire savoir qu’il l’attendrait.

Lorsqu’elle n’a pas répondu à son invitation, il a piqué une crise à la convention, lui criant après depuis sa chambre et demandant à savoir pourquoi elle ne s’était pas montrée. Bien sûr, comme si crier sur quelqu’un qui refuse de vous sucer n’était pas suffisant, il la confronta plus tard sur Facebook et lui fit savoir que a) il n’avait jamais eu l’intention de l’aider dans sa carrière, b) qu’il pensait que son art était de la merde et c) qu’elle devrait se considérer chanceuse qu’il lui ait seulement parlé.

Après des semaines pendant lesquelles les gens ont fait des rapprochements et partagé des ragots, Tess décida qu’il était temps d’appeler un chat un chat et de donner des noms.

« Je vais le dire. Que ceux à qui ça ne plaît pas aillent se faire foutre. Brian Wood est un CONNARD. Et il a menacé les femmes trop longtemps. »

Heidi McDonald de The Beat contacta Wood quand la nouvelle tomba ; il déclina l’interview à ce moment-là et, d’après ce que je sais, il n’a toujours rien dit à ce sujet.

(Note du Doctor le 15/11/2013 : Brian a depuis publié une déclaration à ce sujet sur son site. [La page n’existe plus])

Pour nombre de fans, ce fut un choc : Brian Wood est connu, entre autres, pour ses références féministes dans l’industrie des comics. Il est l’auteur du premier titre entièrement féminin de X-Men dans l’histoire des comics Marvel et a favorisé la carrière de nombreuses femmes durant son contrat en tant qu’écrivain de Conan le Barbare, Northlanders, et d’autres titres. Et pourtant, d’autres personnes on partagé des récits de traitement similaires de sa part.

Malheureusement, l’experience de Tess Fowler est loin d’être unique. En fait, ce comportement – allant des comportements sordides-mais-légaux à l’agression sexuelle – fait partie de l’industrie des comics depuis un certain temps.

Poitrines, mains aux fesses et plafond de verre

J’ai la chance d’être ami avec de nombreuses personnes douées d’un talent fou dans tous les domaines de l’industrie des comics, depuis les jeunes talents, en passant par les étoiles montantes et les noms connus, auteurs, artistes et éditeurs… et toutes les femmes impliquées dans l’industrie du comic que je connais ont une histoire comme celle de Tess.

Chacune . D’entre. Elles.

Certaines personnes ont parlé de leur traitement dans les comics. Un nom qui revient encore et encore est celui de Julius Schwartz. Schwartz  faisait partie de la haute société des comics, un contemporain de légendes telles que Carmine Infanto et Joe Kubert – une figure adorée chez DC Comics et une pièce majeure de l’âge d’or des comics. Tout le monde aimait « Oncle Julius », qui racontait les meilleures histoires et avait un rire contagieux. Et pourtant beaucoup, beaucoup de femmes – dont certaines de mes amies – ont des histoires sur l’ « Oncle Julius ». Des histoires de mains baladeuses, ou de baisers qu’on a tenté de forcer… ou pire. « Oncle Julius » a aussi agressé une jeune artiste de comics dans une limousine et a harcelé sexuellement plusieurs autres femmes travaillant dans les comics à cette époque.

Mais, hé, qui allez-vous croire ? Le créateur adoré de Flash, Hawkman et Green Lantern, ou quelques nanas ?

Même en admettant que c’est un comportement dégueulasse de la part d’un vieil homme, vous pourriez pardonner tout ça en pensant que c’est du passé – un point dégoutant mais final dans l’histoire des comics… si jamais c’était passé, vous savez.  Terminé.

Les hommes en position de pouvoir et d’autorité – créateurs, rédacteurs et éditeurs, organisateurs de convention – faisant des avances et des remarques inappropriées ou essayant de manipuler de jeunes et impressionnables créatrices via le sexe… En parlant à assez de femmes dans les comics, vous aurez l’impression d’entendre parler de ce qui se passait à Sterling Cooper, pas des conventions en 2013 [Sterling Cooper Advertising est une agence publicitaire inventée pour la série Mad Men, dirigée par un homme manipulateur et séducteur].

Il y a une partie de moi qui en veut encore à Pepe Le Putois pour ça. [Pepe Le Putois est un personnage de Looney Tunes, dragueur, manipulateur et harceleur d’une chatte qu’il prend pour une moufette. Il s’agit d’ailleurs…d’une caricature de français.]

Si vous demandez à cette créatrice, elle pourrait vous parler de cette atmosphère permanente de micro-agressions et de traitements dégradants de la part des autres créateurs masculins. Elle pourrait vous parler du comportement de repoussement des limites, des multiples pièges « Ca te dirait un diner avec moi ? Non ? Alors peut-être un petit déjeuner, heh heh… »,  des propositions type « Je plaisante juste, ne prends pas ça au sérieux… sauf si ça t’intéresse » constantes. Elle pourrait vous parler des créateurs qui vous attrapent les fesses pendant un câlin « amical » ou du collègue qui insiste sur le fait que s’il doit continuer à travailler avec elle, elle doit être « plus gentille avec lui » pendant qu’il se penche en entrant dans son espace personnel.

Les cosplayeuses pourraient vous parler du photographe de renom qui continue à insister pour une session de photos « privée ». Les créateurs Asio-Américains pourraient vous parler de ce créateur avec un « penchant pour les Orientales » avoué ou ceux qui vont en remettre une couche encore et encore sur la façon dont les femmes Asiatiques sont tellement mieux que les femmes blanches car elles savent comment s’occuper de leurs hommes.

Elle pourrait vous parler de ce créateur qui a insisté et insisté encore pour un plan à trois avec lui et sa femme, ou cette fois où elle a du partager une chambre avec un autre professionnel pour finalement le trouver debout près de son lit au milieu de la nuit avec un préservatif à la main. Vous pourriez entendre parler de cet employé de convention qui essaie de forcer de longs, longs câlins avec des invitées femmes, ou de celui qui voulait faire la démonstration de son « outil de massage » sur elle dans sa chambre. Ce sont des pros qui se sont exhibés, ont tripotés des artistes dans les jacuzzis et les cages d’escaliers ou qui ont voulu toucher et attraper ses seins pendant la convention.

Et ce ne sont pas simplement des fans ou des connaissances et amis socialement inadaptés, ce sont leurs idoles, leurs collègues, leurs éditeurs, patrons et mentors. Des gens de qui vous attendriez un comportement poli et un minimum de professionnalisme et de décence.

Une fois, c’est un incident. Deux fois, c’est une coïncidence.  Trois fois, c’est une composante sous-jacente de la culture. Encore une fois, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un incident arrivé une fois, le cas déplorable mais rare. C’est tellement commun que presque toutes les femmes dans l’industrie des comics ont vécu quelque chose de ce type ou connaissent quelqu’un à qui c’est arrivé.

Comme Fowler elle-même le dit :

Le comportement de l’homme en question est considéré comme normal dans ce domaine d’activité. Et le peu de personnes qui sont au courant considèrent que c’est de ma faute car je suis « tombée dans le panneau » quand il a feint de s’intéresser à mon travail. Dans ma quête de professionnalisme j’ai été confrontée à ce genre de choses.

Bien sûr, vous pouvez en entendre parler par une seule personne… mais il est rare qu’un tel comportement devienne plus qu’un secret mal gardé. Tout le monde devrait le savoir, mais personne ne veut en parler. Et cela fait partie du problème.

La culture du silence

Ce comportement est permis par une culture du silence omniprésente, particulièrement lorsqu’il s’agit du mauvais comportement de pros. Les femmes sont éduquées pour être gentilles, respectueuses, pour éviter d’attirer l’attention sur elles et ne pas faire de vagues… et c’est encore plus prononcé dans les comics. L’industrie des comics est un monde incroyablement petit, où obtenir un travail tiens autant à votre capacité à vous créer un réseau, à vous faire des contacts et à construire des relations qu’au talent lui-même. Une personne avec qui il est facile de travailler et qui  honore ses délais a encore plus de valeur que l’écrivain lunatique mais brillant ou l’illustrateur populaire qui ne pourrait pas rendre ses pages à temps même si sa vie en dépendait. Pour beaucoup de femmes, il est moins gênant de ne pas s’exprimer que de craindre d’être mise sur liste noire, ou étiquetée comme « difficile ». Cela devient même plus qu’une perspective intimidante quand la personne qui vous harcèle (ou pire) est bien établie dans la hiérarchie – un pro reconnu, un éditeur, quelqu’un qui a plus de poids dans l’industrie que son accusatrice.

« Je n’ai jamais parlé publiquement de mes expériences merdiques dans les comics parce que je ne suis personne et les gens diraient que je cherche juste à attirer l’attention sur moi ou ce genre de choses », comme un.e de mes ami.e.s me l’a dit.

C’est ironique pour une industrie bâtie sur l’anonymat.

Quand beaucoup de femmes se mettent à s’exprimer, elles sont souvent immédiatement sous le feu des projecteurs, particulièrement si elles donnent des noms. Celleen Doran et Lea Hernandez l’ont toutes deux constaté directement lorsqu’elles ont parlé publiquement du harcèlement auquel elles avaient fait face durant leurs carrières et ont presque immédiatement rencontré un incroyable raz-de-marée d’outrage. Elles ont été accusées de mentir, d’être des salopes en mal d’attention, d’être hypersensibles ou tout simplement folles.

L’ironie de traiter Colleen – qui, entre autres choses, a du supporter un harceleur pendant plus de 20 ans – d’hypersensible à propos du comportement de merde des hommes est particulièrement dure.

Le résultat, c’est que les femmes doivent généralement faire confiance à un réseau de chuchoteurs de couloirs pour savoir qui est cool et qui éviter, qui est sans danger, qui est vraiment un bon gars et avec quelles personnes vous ne devez jamais vous retrouver seule. C’est devenu un problème de « marche manquante » – tout le monde à tellement l’habitude de sauter la marche qui manque qu’on l’oublie, jusqu’à ce quelqu’un qui n’est pas prévenu trébuche dessus.

Et les dommages causés – à chaque femme individuellement et aux comics dans leur ensemble – sont immenses. Ce comportement abat même les plus fortes et les plus brillantes, détruisant leur confiance et leur estime d’elles-mêmes. Cela chasse certains des meilleurs et des plus brillants talents de l’industrie – et pourquoi voudraient-elles faire partie d’un système qui leur dit continuellement qu’elles ne sont là que pour décorer, pour être un objet sexuel  jetable ? De la même façon que l’étiquette « fake geek girl », c’est devenu une façon de plus de minimiser et marginaliser les femmes, les empêchant de participer pleinement à un fandom qu’elles aiment – autant en tant que fans qu’en tant que créatrices.

Debout

Et nous en arrivons ainsi à la partie de ce post traitant du privilège masculin. Les comics- et les fandom en général – font partie d’une culture incroyablement masculinocentrée. La majeure partie des agitateurs, des moteurs, des négociateurs et des détenteurs de pouvoir sont des hommes… et nous ne faisons simplement pas face à ces problèmes étant donné notre genre.

Les femmes sont obligées de se battre et d’endurer cela ; les hommes avancent gaiement sans s’apercevoir du tout de ce qui se passe.

Et nous sommes aussi dans une position où nous pouvons aider à arrêter tout ça.

Un des problèmes actuels avec le harcèlement dans les comics – et dans les conventions en général – c’est que la responsabilité d’éviter les mauvaises personnes est imputée aux femmes ; du genre « ne te laisse par harceler » au lieu de ne pas autoriser le harcèlement dès le départ. Dans son post « Comic guys, Harrassment and Missing Stairs », Rachel Edidin, anciennement éditrice chez Dark Horse Comics indique clairement que chaque fois que le sujet ressort, chaque fois que le réseau des chuchoteurs partage des noms à éviter et des astuces pour rester en sécurité, il n’y a presque jamais de conversations en parallèle entre hommes, à propos de ne pas traiter les femmes comme de la merde. L’air du « les mecs seront toujours des mecs » ou « à quoi tu t’attendais ? » continue, et c’est affolant.

Ça ne suffit pas pour les hommes, de juste  «ne  pas être ce gars ». Nous ne pouvons pas juste nous taper dans le dos mutuellement pour nous féliciter de ne pas être des connards comme si c’était une façon de se dire que nous allons au-delà du strict minimum pour être un homme. Le comportement masculin est le problème et nous devons faire partie de la solution.

C’est une vérité déplaisante à propos de la société telle qu’elle est aujourd’hui : les hommes sont privilégiés car ils ont une voix qui porte plus que celle des femmes.  Il est plus facile d’écarte les problèmes des femmes, de –comme le dit Edidin – silencier les femmes en les étiquetant comme mécontentes ou aigries. Quand nous exprimons notre soutien, nous aidons leurs voix et leurs messages à aller plus loin, à entrer plus en profondeur.

Nous devons accepter de risquer de potentielles répercussions pour dénoncer le harcèlement lorsque nous en voyons, particulièrement si nous sommes en position de l’influencer directement. Nous devons accepter d’affronter les autres, d’amplifier le signal quand c’est nécessaire et de nous exprimer quand nous sommes témoins de harcèlement. Nous devons être les alliés des femmes, leur proposer du soutien quand elles en ont besoin et un appui lorsqu’elles le demandent.

Les comics sont supposés être un espace ou chacun se sent en sécurité, où la diversité est bienvenue et où le harcèlement et les agressions ne sont pas permis, où les charognards n’ont pas le droit de traquer les autres.

Et c’est à nous de nous élever et d’aider à ce qu’il en soit ainsi.

Source et crédit : http://www.doctornerdlove.com/2013/11/nerds-male-privilege-tess-fowler-comic-harassment/

Traduction par Shetty
Édité par Mar_Lard

Storify rassemblant l’essentiel des tweets de Tess Fowler sur le sujet :

Les Quatre Fantastiques : Le point sur le casting + Et si Fatalis était… une femme ?

C’est sous ce titre même que le site Les Toiles Héroïques, spécialisé dans l’actu cinématographique de blockbusters, fait part de son agacement au sujet de tout ce qui ne va pas dans la pré-production du prochain reboot des 4 fantastiques.

Tout ce qui concerne le reboot des Quatre Fantastiques est en train de virer à la farce…

Le bilan des changements se compose de 3 points. L’un étant un changement de l’origine des supers pouvoirs de l’équipe, les deux autres sont :

Un changement de couleur de peau

Pour La Torche, précédemment incarnée par… Chris Evans, l’actuel Captain America du marvelverse au ciné. Pour le recasting, la production a eu l’audace de sélectionner Michael B. Jordan qui est… noir. Ce qui visiblement a du mal à passer chez les fans.

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Un super-héros blanc dans les comics qui deviendrait noir au cinéma ? Le changement passe mal, surtout pour un personnage de cette importance, mais après tout, le phénomène n’est pas nouveau.

On se souvient que pour Thor, c’est l’annonce du casting d’Idris Elba dans le rôle d’Heimdall (rôle qu’il interprète d’ailleurs magistralement, spécialement dans Thor 2) qui avait causé l’ire des rigides en tout genre.

Un changement de genre

Qu’un personnage blanc des comics soit noir dans les films, ça fait râler mais ça passe encore. Par contre la goutte d’eau, l’outrecuidance suprême, serait de changer le genre de la némésis des 4 Fantasiques.

Même s’il ne s’agit que de on-dit, comment peuvent-ils ne serait-ce qu’une seconde envisager une absurdité pareille pour l’ennemi le plus célèbre des Quatre Fantastiques ? A croire que c’est un concours pour énerver les fans.

Une simple rumeur non confirmée qui indique que le studio n’est pas fermé à l’idée de faire jouer le Dr. Fatalis par une femme et les voilà criant au ridicule. Au complot pour les énerver. J’attends encore celui qui va accuser les féministes, il ne doit pas être bien loin.

D’autant que vu le costume, on peut être tout à fait certains qu’il y a bien un homme là dedans. Imaginer que ce soit une femme est inconcevable, si c’était le cas elle aurait un décolleté, des jambes sveltes, une taille de guêpe rachitique et des cheveux flamboyants !

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Des voyages galactiques et interdimensionnels, des hommes élastiques ou enflammés, ok. Mais que « le méchant » de l’histoire soit une femme ?! NO WAY !

Triste fandom…

La fangirl, nouvelle cible de la misogynie ordinaire

Ceci n’est pas tant un article sur le sexisme à l’encontre des femmes dans un milieu geek à prédominance masculine, qu’un article sur le sexisme à l’encontre d’un milieu geek à prédominance féminine. Oui, oui, cela existe. On a tendance à associer les recoins sombres d’Internet à des usagers masculins, et pourtant, il est des endroits peu connu des usagers « mainstream » qui sont presque entièrement féminins. De nombreuses utilisatrices, cachées derrière des pseudos et par écrans interposés, se retrouvent sur des sites bien particuliers où elles échangent, discutent, analysent, rigolent, débattent, s’émeuvent, s’excitent, créent, recréent et transforment des produits culturels. Bienvenue dans l’univers des fangirls.

Dites le mot « fangirl » et les gens pensent immédiatement à une préadolescente en larmes au concert de One Direction. Celle-ci, la pauvre, est déjà l’objet des rires dédaigneux des adultes qui restent perplexe devant les cahiers et les murs de ces demoiselles, plastronnés de sourires de Harry et Liam (qu’ils repensent à l’état des garçons entre 12 et 15 ans et ils auront peut-être un début d’explication). Mais la fangirl, c’est beaucoup plus que ça. J’en sais quelque chose, puisque que j’en suis une, et ça fait bien longtemps que j’ai passé ma période boyband.

Dans les années 2000, tout se passait sur le site Livejournal, où des bloggeuses (et quelques bloggeurs) de tous les âges s’enflammaient à propos d’Harry Potter ou de Twilight. Des tonnes de méta étaient publiées chaque jour, dont une bonne partie concernait les « ships » (raccourci de relationships, les relations amoureuses), objets d’innombrables conjectures, et les guerres verbales étaient parfois si intenses que certains posts généraient des milliers de commentaires. Quand les trolls s’en mêlaient et que l’on commençait à se traiter mutuellement de nazis, ça finissait sur l’excellent Fandom Wank (ce qui veut dire, pour les non-initiés, « branlette de fandom »).

Le fandom, c’est le groupe de fans d’un produit culturel. Et pour certains de ces produits, les fans sont très majoritairement des femmes. Aujourd’hui, elles ont migrées vers Tumblr et s’intéressent davantage à Sherlock, Supernatural, Doctor Who, l’univers Avengers et les deux sagas Tolkien, mais les us et coutumes restent les mêmes : débats sur les ships et production intensive d’œuvres transformatives, le tout agrémenté de gifs marrants et de commentaires assez salés sur les acteurs et personnages qu’elles adorent.

Jusque là tout va bien. Sauf que lorsque les médias ont découvert le pot aux roses -– des jeunes femmes qui se passionnent ensemble pour quelque chose, font des blagues à caractère sexuel, expriment du désir et de la créativité, imaginez un peu ! -– les fangirls ont été la cible d’attaques en règle qui ressemblent fort, ma foi, à de la misogynie pure et simple. Démonstration en trois points.

1. Cachez cette fanfiction que je ne saurais voir (sauf si c’est pour me payer votre tronche)

Premier objectif en ligne de mire : les « fanworks », c’est à dire toutes les déclinaisons de la fanfiction et du fanart. La fanfiction, discipline majoritaire, ce n’est pas quelque chose de nouveau, loin de là. La réappropriation de personnages pour réécrire leur histoire et en inventer de nouvelles est une pratique extrêmement ancienne, et sans même aller jusqu’à Roméo et Juliette de Shakespeare, qui n’est qu’une version parmi d’autres d’un conte oral, les fans de Star Trek dans les années 60 s’en donnaient à cœur joie.

Le phénomène a pris de l’ampleur et s’est féminisé avec Internet, mais c’est à la sortie de Cinquante Nuances de Grey, adaptation d’une fanfiction érotique de Twilight, que le monde a découvert, ébahi, ces jeunes femmes qui écrivaient pour leur plaisir et celui des autres des histoires transformatives. Pendant que les journalistes inventaient l’odieux terme « mommy porn » (par opposition au porno « normal », c’est à dire façonné pour les hommes), nous dans les fandoms, on se demandait pourquoi les gens étaient assez stupides pour payer vingt-cinq euros pour un livre ultra-médiocre alors que des histoires de qualité bien supérieure étaient disponibles gratuitement sur les nombreux sites de fanfiction.

Le problème, c’est que l’idée que des femmes entre elles puissent prendre en main des personnages fictifs et les utiliser dans des œuvres transformatives, et surtout dans des œuvres à caractère érotique, est une pilule apparemment difficile à avaler pour certains. Est-ce parce que cela va l’encontre de l’image bien lisse de la sexualité féminine que la société nous impose ? La femme indépendante et entreprenante fait-elle encore peur ? Quoiqu’il en soit, puisque les détracteurs des fanworks ne peuvent pas en arrêter la production –- publiés sans intention d’en tirer profit, ils tombent dans la catégorie de « fair use » (usage équitable) et ne violent pas les copyrights -– ils ont opté pour une autre stratégie : ridiculiser publiquement les fangirls et leurs créations.

Cela a non seulement l’avantage de les décrédibiliser aux yeux du grand public mais c’est aussi un très bon moyen de faire du buzz, et facile comme tout en plus. Je suis un présentateur à une heure de grande écoute qui va bientôt recevoir Martin Freeman sur le plateau et j’ai envie de faire rigoler le beauf de base ? Je vais sur Google, je tape « Johnlock fanart » (fanart qui met en scène Sherlock Holmes et John Watson, joué par Freeman dans la série), j’imprime quelques exemples qui vont du bisou au porno hardcore et hop ! Le tour est joué. Je montre ça à mon pote la star et on se paye une bonne partie de rigolade sur le dos de ces détraquées qui fantasment toute la journée derrière leur écran.

Le présentateur britannique Graham Norton dans son émission, le 7 mars 2013. Si vous avez le cœur bien accroché et que vous avez plus de 18 ans, allez voir toute la vidéo.

Le présentateur britannique Graham Norton dans son émission, le 7 mars 2013. Si vous avez le cœur bien accroché et que vous avez plus de 18 ans, allez voir toute la vidéo.

Et puis comme ça marche, quand je suis journaliste et que je n’ai pas envie de me fouler à trouver des questions intéressantes –- je m’appelle Caitlin Moran et j’écris pour le Times alors je suis pas payée pour ça, hein –- je reprends les bons conseils de Graham Norton, et, lors de l’avant-première de la nouvelle saison de Sherlock, je fais lire à Martin Freeman et Benedict Cumberbatch, sur scène devant des centaines de personnes, des extraits d’une fanfic érotique que j’ai trouvé sur Internet. Je m’en fous pas mal si l’auteure de la fanfic en question va sûrement voir la vidéo circuler sur Tumblr et en faire une crise cardiaque, c’est légal, après tout, et puis quand on met quelque chose sur le web, c’est bien parce qu’on veut que tout le monde le voit, non ?

Eh bien, non. Les auteurs de fanworks n’ont qu’une envie, c’est qu’on leur foute la paix et qu’on les laisse faire mumuse tranquilles, et certainement pas que des gens extérieurs au fandom viennent les emmerder et remettre en cause leurs pratiques. Oui, certains fanarts sont affreux. Oui, certaines fanfics sont écrites avec les pieds. Non, je n’ai pas envie de savoir de quoi Loki aurait l’air déguisé en strip-teaseuse ou en mère célibataire, pas plus que ce pauvre Tom Hiddleston (pris au piège dans cette vidéo, à partir de 18m52s). Mais qu’il y ait de mauvais fanworks n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’on ne parle JAMAIS de fanarts magnifiques qui vous laissent muets d’admiration et de fanfics excellentes qui vous scotchent à votre iPad pendant des heures. On parle TOUJOURS de ce qu’il y a de plus explicite, de plus ridicule et de plus choquant.

Et pourtant, quand on y réfléchit, les pratiques des fangirls sont tout à fait semblables à celles des geeks : partage d’opinions, analyses méta, surexcitation à la sortie d’un nouveau produit, roleplay et cosplay, conventions. Les geeks subissent-ils donc le même sort de lynchage publique? La réponse est oui… il y a vingt ans de cela.

2. La fangirl, c’est comme un geek, mais en pas cool

Les trentenaires comme moi se souviendront peut-être de cette lointaine époque des années 90 lorsque, dans des séries comme Sauvé par le Gong, apparaissaient ces drôles de créatures à l’écran :

Sauvés par le gong

Incroyable mais vrai, c’est comme ça qu’on dépeignait les nerds accros aux jeux vidéos et aux jeux de rôle autrefois. Et comme les temps ont changés ! Aujourd’hui, pas un petit morveux de 5ème qui ne se vante pas d’avoir joué à Call of Duty tout le week-end en cours d’anglais le lundi (je parle d’expérience) et un geek, ça ressemble plutôt à ça :

Sheldon Cooper et l’un de ses fameux tee-shirts, sans doute en vente sur Urban Outfitters ou sur Rad.

Sheldon Cooper et l’un de ses fameux tee-shirts, sans doute en vente sur Urban Outfitters ou sur Rad.

Celui qui hier était la risée de la cour de recrée est devenu un hipster à gros pouvoir d’achat à qui l’on peut vendre une flopée d’éditions collector, et dans un monde qui carbure à Internet, ceux qui maitrisent les ordinateurs sont rois (et, bien entendu, se tapent de belles nanas, à l’instar des héros de The Big Bang Theory).

Mais la fangirl, elle, n’est pas prête de se trouver au centre d’intrigues amoureuses qui dureront sept saisons. Car la fangirl, elle, ressemble à ça :

Laura, fan de Sherlock

Ça, c’est Laura, fan de Sherlock et fan de slash (relations homoérotiques dans les fanworks), qui apparaît dans le premier épisode de la saison 3 de Sherlock, « The Empty Hearse ». Mais attendez, il y a mieux :

Osgood

Ça, c’est Osgood, fan du Docteur qui a fait son apparition dans l’épisode du 50e anniversaire de Doctor Who. Laura et Osgood ont des points communs évidents : cheveux sombres, fins et plats, attributs pas du tout mis en valeur, fringues pas à la mode et caricaturales (look gothique pour l’une, grosses lunettes et blouse blanche pour l’autre) – en clair, elles sont à l’encontre des canons de beauté standards. Ce bon vieux Steven Moffat (dont on ne compte plus les sorties sexistes) a très clairement voulu les rendre indésirables. Dans le cas d’Osgood, il a même réutilisé le vieux cliché de l’inhalateur pour asthmatique histoire d’être sûr, vraiment sûr, qu’on ait bien compris à quel point c’était une nerd.

La fangirl est aujourd’hui victime des mêmes stéréotypes que les geeks d’antan: physiquement inapte, quelconque et sans charme, tout en bas de l’échelle sexuelle, elle reporte sa frustration dans des fantaisies immatures et irréalistes.

Le fait d’associer l’emballement et la passion d’une femme à un certain manque sexuel n’est pas nouveau non plus, et l’hystérie, dans le temps, n’avait pas meilleur remède que le coït salvateur. D’ailleurs, la journaliste Caitlin Moran (oui, encore elle) a tweeté ceci la veille de l’avant-première de Sherlock au British Film Institute :

Apparemment il y a DÉJÀ des gens qui font la queue pour Sherlock au BFI demain #dévouement #engelures - #pucelles - TROP DUR MAIS TROP VRAI

Apparemment il y a DÉJÀ des gens qui font la queue pour Sherlock au BFI demain #dévouement #engelures – #pucelles – TROP DUR MAIS TROP VRAI

Ouais, c’est super LOL, Caitlin, la prochaine fois tu prendras un taxi et tu iras leur dire ça en face au lieu de faire ton numéro de claquette pour tes centaines de milliers d’abonnés sur Twitter. Ne nous étendons pas sur le fait qu’elle considère la virginité comme une caractéristique infamante, ce qui mériterait en soi un autre article, mais il y a tout de même de quoi pleurer quand on constate que ces inepties circulent encore en 2014, et venant qui plus est de quelqu’un que les médias considèrent comme « féministe ».

Par ailleurs, j’attends encore le jour où l’on traitera des fans de foot prêts à tout pour obtenir un billet pour un match de Coupe du Monde de #puceaux. Parce que quand des hommes s’époumonent pendant deux heures dans un stade de foot devant vingt-deux pékins qui courent derrière une balle, personne ne bronche. Par contre, quand des femmes s’extasient pendant deux heures dans une salle de cinéma sur les muscles de Captain America, c’est qu’elles n’ont pas ce qu’il faut à la maison, et en plus elles exaspèrent les « vrais » fans qui sont venus parce qu’ils aiment le comics.

3. La fangirl, ce n’est pas une « vraie » fan

Et c’est là, sans doute, que les problèmes de la fangirl rejoignent ceux de la « fake geek girl ». On considère qu’une fangirl est incapable d’estimer un produit culturel à sa juste valeur, tout ça parce qu’elle a le malheur d’exprimer son appréciation pour le physique de certains personnages.

Donc si j’aime Le Hobbit parce que je l’ai lu quand j’étais petite et que j’aime aussi la voix de ténor de Thorin Oakenshield et les tresses blondes de Fili, je ne peux pas vraiment aimer Le Hobbit. Si je vais voir Thor pour contempler Tom Hiddleston en costume de cuir et sans avoir lu les comics au préalable, tant pis pour moi, je ne pourrai jamais m’intéresser à la trame narrative et aux autres personnages. En clair, mon goût pour les beaux mecs m’empêchera systématiquement d’apprécier pleinement des séries, des films ou des livres, parce que mon cerveau n’est capable que d’une seule et unique pensée monomaniaque et obsessionnelle, et demeure totalement imperméable au reste.

À quand le questionnaire à l’entrée des cinémas pour savoir qui à l’autorisation d’entrer parce que c’est un « vrai » fan ? Pour ma part, je n’ai pas l’impression que les studios Marvel ou Peter Jackson fassent la différence entre les treize euros que je paie pour une séance en 3D et ceux de mon voisin. Au contraire, ils en jouent fichtrement bien, et ils ont raison, parce que lorsque les fangirls s’emparent d’un produit culturel (parfois de façon tout à fait imprévue comme ça a été le cas pour Thor), elles mettent très facilement la main au porte-monnaie et deviennent essentielles dans la stratégie marketing des producteurs.

Ça, les autres fans ont beaucoup de mal à le supporter, surtout dans les vieux fandoms comme ceux de Tolkien ou de Sherlock Holmes (tendance « c’était mieux avant quand on était entre nous »), et la fangirl devient alors un bouc émissaire tout trouvé quand ils n’aiment pas ce qu’ils voient. Voici, à titre d’exemple, quelques commentaires publiés sur The Guardian (attention, gros spoilers sur la page!) après la diffusion du deuxième épisode de la saison 3 de Sherlock que beaucoup ont trouvé décevant :

J’avais peur que cela n’arrive, épisodes qui deviennent de longues lettres d’amour aux fans obsessionnels sur Tumblr. Quel dommage.

J’avais peur que cela n’arrive, épisodes qui deviennent de longues lettres d’amour aux fans obsessionnels sur Tumblr. Quel dommage.

De la pure branlette pour fan, Moffat et Gatiss doivent cesser de fréquenter Tumblr et Twitter et arrêter de faire plaisir aux fangirls et fanboys cinglés, et de nouveau faire de la bonne télévision.

C’était vraiment horrible ! Moffat et Gatiss doivent cesser de lire les commentaires des fangirls sur Tumblr.

C’était une série géniale (…) et je veux qu’elle revienne. (…) Les gars, on veut de nouveau les ténèbres, les frissons. Pas les frissons que veulent les filles (et les garçons) sur Tumblr, mais de vraies histoires pour adultes. Je veux bien accorder aux auteurs de fanfic S1E1 – mais Moftiss, vous auriez dû revenir à l’excellence des débuts pour l’épisode 2 pour que vos vrais fans -– ceux qui parleront encore de Sherlock dans 20 ans, quand les fangirls auront abandonné Johnlock pour suivre une nouvelle mode — continuent à vous applaudir. Comme nous voulons tellement le faire.

Voilà, les dés sont jetés. À cause de moi, il n’y aura bientôt plus d’ « histoires pour adultes » à la télé. Je ne parlerai pas de Sherlock à mes enfants dans vingt ans, tout ça parce que j’aime bien Johnlock (en fait, je n’aime pas Johnlock ni le slash en général et je suis loin d’être une exception, mais bon, pourquoi faire vrai quand on peut faire simple). Et puis je ne leur parlerai pas non plus d’Harry Potter, puisque j’ai passé une bonne partie de mes années de fac à écrire de la fanfic en attendant la sortie de chaque livre et débattre sur des forums en soutenant que Harry allait forcément finir avec Ginny et pas Hermione. Non, je n’étais investie dans l’histoire que parce que je trouvais Daniel Radcliffe super beau (surtout quand il avait onze ans et moi vingt), et c’est sans doute aussi pour cette raison que je relis régulièrement les sept tomes de la saga.

Eh oui, malheureusement pour les « vrais » fans, les fangirls sont extrêmement coriaces, et si beaucoup d’entre nous passent en effet d’un fandom à l’autre au cours des années, notre amour pour nos séries et nos livres préférés reste intact. Et notre soif de passion et de création, elle, ne nous quitte jamais, en dépit de ceux qui voudraient que nous ayons honte de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Mais ce n’est pas à nous d’avoir honte. Nous n’avons aucune raison de rougir de ce que nous aimons, ni de nous excuser d’ »imposer » nos fanworks à qui que ce soit et quel qu’en soit le contenu. Après tout, ce que je vois tous les jours en rentrant du travail et qui m’est de fait imposé, sans que j’aie besoin de passer par une recherche sur Google Images, c’est ça :

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Perso, je préfèrerais largement un fanart de Iron Man qui roule une pelle à Hulk.

Les séries de superhéros ne sont pas destinées aux filles

Dans le podcast Fatman on Batman du 10 décembre 2013, Paul Dini, auteur de comics et scénariste et producteur de fameuses séries animées telles que Batman (1992), Superman (1996) ou encore Justice League (2001) révèle que plusieurs séries de superhéros à succès, dont l’excellente Young Justice ou encore Green Lantern, ont étés annulées…parce que leur public était trop féminin.

Voici la retranscription de son échange à ce propos avec Kevin Smith (réalisateur, producteur, auteur & scénariste de films, auteur de comics) :

DINI : « […] Les superhéros sont réservés aux garçons, nous ne *voulons pas* les filles. J’ai entendu des cadres dire ça, pas là où je suis mais à d’autres endroits, dire « Nous. ne. voulons. pas. que les filles regardent cette série. »

SMITH : « POURQUOI ? C’est 51% de la population. »

DINI : « Parce qu’elles n’achètent pas de jouets. Les filles achètent des jouets différents. Les filles peuvent regarder la série… »

SMITH : « Alors vous pouvez leur vendre des T-shirts si elles…A : Je ne suis pas d’accord, je pense que les filles achètent des jouets aussi, peut-être pas autant que les garçons mais…B : Vendez-leur autre chose, bon sang ! Ne soyez pas paresseux en mode « bah, je peux pas vendre un jouet à des filles ». Vendez-leur un T-shirt, bon sang, vendez-leur un foutu parapluie avec le foutu personnage dessus, quelque chose comme ça. Mais si ce n’est pas un jouet, vous pouvez leur vendre autre chose ! Ce n’est pas parce que vous ne savez pas faire votre boulot que vous devez tuer quelque chose qui atteint un public…c’est juste tellement défaitiste quand les gens disent ça, c’est les même connards qui disent « Oh, les filles ne lisent pas de comics, les filles n’aiment pas les comics ». Ce ne sont que des prophéties auto-réalisatrices. Ils font en sorte que ça soit comme ça, en disant « Je ne peux pas leur vendre de jouets, à quoi bon ? »

DINI : « Justement, je déteste être le rabat-joie ici, mais je vais juste le dire : c’est à cause de ça que notre Tower Prep a été annulée, honnêtement, c’était « il nous faut des garçons, mais nous avons besoin de filles juste là, juste derrière les garçons » – c’est la chaîne qui parle là – « juste derrière les garçons, pas aussi intelligentes que les garçons, pas aussi intéressantes que les garçons, mais juste là ». Puis nous avons commencé à écrire des histoires qui exploraient le background des deux filles, et elles étaient vraiment intéressantes. Et soudain des familles et des filles regardent, et les filles deviennent vraiment une grosse partie de notre public […]. Mais Cartoon Network disait « Merde, non, nous voulons de l’action de garçons, c’est de l’action de garçons, cet humour farcesque de garçons c’est ça qu’il faut mettre dedans. Et nous ne pouvons pas –  » et moi je dis, mais regardez les chiffres, on a des parents qui regardent, en famille, et quand on fait les comptes – « Ouais, mais – tellement – nous avons trop de filles. Il nous faut plus de garçons. »

SMITH: « C’est déchirant. »

DINI: « Et voilà pourquoi ils nous ont annulé, et à la place ils ont mis une série appelée Level Up; des geeks farcesques qui se battent contre des monstres en images de synthèse. C’est comme ça : « On veut pas les filles parce que les filles n’achètent pas de jouets. » On avait toute…toute une ligne de produits dérivés pour Tower Prep qu’ils ont mis à la trappe avant que ça ait pu décoller, parce que « Garçons, garçons, garçons. Les garçons achètent les toupies, ils achètent les figurines, les filles achètent des princesses, on vend pas de princesses. »

« Les filles n’achètent pas de jouets », pleurnichent les marketeurs qui ont passé des années à les ostraciser avec des lignes de jouets virilistes exclusivement à l’image des personnages masculins…Il est clair que ce n’est pas en s’enfonçant dans un conservatisme sexiste que l’on dépassera le clivage genré des jouets. Et si la chaîne proposait des personnages et des jouets variés…à l’image de son public ?

Voici une pétition à destination de Cartoon Network pour que la chaîne cesse de marginaliser son public féminin.

Sources :
http://www.themarysue.com/warner-bros-animation-girl-market/
http://io9.com/paul-dini-superhero-cartoon-execs-dont-want-largely-f-1483758317
http://www.madmoizelle.com/cartoon-network-annulation-series-petites-filles-218407

Interviews sexistes de cosplayeuses – Comic Con San Diego / ComiKaze 2013

La chaine Youtube MediocreFilms a publié en juillet une série d’interviews de cosplayeuses au Comic Con de San Diego. Bien sûr, l’animateur s’est permis de faire le plus de remarques dégueulasses possibles sur le sex-appeal de ces femmes, plutôt qu’en les questionnant sur ce qu’elles pensaient du Comic-Con (ou n’importe quoi lié à leur amour de la pop culture).

« Ca fait 5 ans que je viens ici pour parler à de chaudes cosplayeuses »

« Je te donne 12$ pour manger des papillons devant la caméra »

« Combien de rendez-vous avant qu’un nerd ne puisse coucher avec toi ? »

« J’ai mon téléphone dans ma poche. A côté de mon érection »

« Tu as déjà essayé le bondage ? »

fait mine de toucher les fesses d’une cosplayeuse

« Désirée, c’est ton vrai nom ou ton nom de stripper ? »

« C’est Youtube, tout ce qui compte c’est les seins. Je suis ici en compagnie d’une paire de seins… »

etc…

La vidéo a reçu des commentaires énervés de la part des internautes qui trouvaient – à raison – le contenu inapproprié.
Elle a aussi suscité des vidéos-réponses, telle que « Cosplay, Creeps and You » qui détaille les comportements inacceptables en convention que les cosplayeuses doivent souvent subir.

En réponse à l’agacement des internautes, la chaîne Youtube sort à nouveau une vidéo d’interviews le 10 novembre, intitulée « Awkward Interviews with Cosplay Girls at ComiKaze 2013 » (Interviews embarrassantes avec des filles en cosplay au ComiKaze 2013):

En lieu d’excuses, l’animateur préfère faire une série d’interviews exagérément ennuyeuses avec des cosplayeuses, en leur posant des questions bizarres et inappropriées telles que: « Quelle est ta vinaigrette préférée? ». Le but de la manoeuvre? Montrer aux internautes qu’il serait apparemment impossible d’être drôle et divertissant sans être sexiste. En caricaturant un supposé « politiquement correct », le message en creux est de dénoncer les « rabats joie » qui n’apprécient pas qu’on ne s’adresse aux cosplayeuses que pour juger de leur sex-appeal et de leurs seins.

L’animateur rallie soigneusement des femmes à sa cause : « je n’ai pas le droit d’être irrespectueux pour cette vidéo » – « Qui a dit que tu étais irrespectueux ? Je te préférai avant. » Ils ridiculisent des commentaires critiques : « N’aie pas peur des seins, ce sont des choses merveilleuses ! »« eleventy10 veut que je sois plus professionnel. Sur Youtube. »« David Smith n’aimerais pas ça. Il est sans doute gay » (comme d’habitude, si tu n’apprécies pas le harcèlement sexuel tu dois être homosexuel, et il serait ridicule d’être homosexuel…homophobie bonjour).

Au passage, l’animateur prend aussi le temps d’embêter un cosplayeur travesti : « Tu as un pénis ? »

« C’est pour ça que les gens regardent ces vidéos – pour le respect. Oui. Ah, tant pis, montre-leur ton cul » – et la vidéo se termine en remerciant les soutiens, tels que « Les gens qui le critiquent sont juste jaloux de ne pas pouvoir parler à ces filles ».

C’est tout de même très triste de considérer qu’il n’y rien à dire à ces cosplayeuses passionnées si ce n’est pour les harceler sexuellement.
La mauvaise foi et la misogynie réunis à nouveau.

Édité par Mar_Lard

Mais qui est Duela Dent?

Édité par: Alda

Quand on ne sait pas, on se tait . C’est la leçon que certains geek misogynes devraient tirer de cette histoire.

Un inconnu (sur internet) s’est amusé à faire un meme « trying too hard » avec la photo de la cosplayeuse Dayna Scodras, prise en 2012 à la ComiCon.

Duela Dent essaye trop fort.

Un joker steampunk au genre inversé avec le chapeau de Willy Wonka. Félicitation, tu as élevé le « Essaye trop fort » au rang d’Art.

Ce genre de détournement est un exemple classique d’une accusation de « Fake Geek Girl, » cette idée (évidemment fausse) selon laquelle toute « fille » qui prétend s’intéresser à la culture geek n’est en fait qu’une connasse en manque d’attention et qui profite de la gentillesse naturelle des nerds pour se sentir importante.

Mais cette fois, l’effet inverse s’est produit car le personnage présenté par la cosplayeuse existe bel et bien. Il s’agit de Duela Dent connue pour être la fille de Jokester et de Three Face. (Le Joker et Double Face sur Earth-3)

Duela-Dent-Comic

Moins célèbre que Harley Quinn, seuls les lecteurs régulier du comic pouvaient la reconnaitre; ce qui en dit long sur notre prétentieux.

Heureusement, ce dernier a finalement été remis à sa place par des gens qui savent vraiment de quoi ils parlent.

Duela Dent

Qui c’est le faux geek maintenant ? Crétins.

Cosplayeuse 1 – Misogynie 0

Sources :

« Toutes les discussions à propos du sexisme sur Internet »

Édité par Mar_Lard

Un résumé en webcomic par le cartoonist Gabby Schulz de n’importe quelle discussion à propos du sexisme sur Internet :

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1. « Comment n’importe quelle discussion à propos du SEXISME et de questions féminines sur Internet (et dans la vraie vie) s’est toujours produite et se produira pour toujours, jusqu’à ce que la Terre tombe dans le Soleil (ou jusqu’à ce que le patriarcat soit demantelé »
7. « Ton comic est si bien qu’il me donne envie de te baiser » – Signé Un. Mec.

"

1. »Cher Monsieur : Merci d’avoir aimé mon comic. Euh…Sinon, des fois c’est chouette quand une femme est complimentée pour la qualité de son travail, pas parce qu’elle a un vagin que vous aimeriez utiliser. Des fois. Merci quand même. Désolée. Juste mon avis. »
2. « Chère femme : je vais maintenant t’expliquer en quoi tu as tort. Sur mon blog. Blablabla normal blablabla instinct humains naturels blablabla »
3. Et ainsi… « Je suis d’accord avec toi, mec ! »
4. « Explique-lui à cette femme ! »
5. « Retweeté ! Linké ! Tumblr ! Relayé ! »
6. « J’érige solennellement un monument de granite à ta droiture virile. Et je ne suis pas sexiste donc tout va bien. »
7. CALIN EN GROUPE (no homo)
8. « Euh. Vous avez le droit d’avoir une opinion ? »

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1. Mais alors… »Hé…Tout ça ne serait pas un peu sex… » « BAILLE »
2. « En fait, nous sommes d’accord que c’est sexiste »
3. »Désolée Mesdames ! Rien n’est sexiste à moins que je ne décrète que ça l’est ! Et puis j’aime les femmes. Sucez mes boules »
4. « Mais tu vois…2+2=4… » « Et l’eau mouille… » « Et la Terre tourne autour du Soleil… » « Et il y a 60 minutes dans une heure… » « Et ton nez est généralement au centre de ton visage… » « Et nous avons besoin d’oxygène pour vivre… » – Champ de force anti-logique
5. « OUIIIIIIN ! Tout le monde m’attaque sans raison ! Personne ne comprend ! Moi moi moi moi ! »
6. « Taisez-vous avec vos opinions de lesbiennes folles et biaisées » « La folie du politiquement correct ! » (Biberon du privilège)

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1. « Mais pourquoi torturez-vous ce pauvre homme ? »
2. Cette case représente le moment où des tas de gens interviennent pour dire des choses 1. fausses 2. cinglées 3. complètement à côté de la plaque. Mots fréquemment utilisés : « pétasse », « gouine », « chatte » et « sur-réagir »
3. « Wouah, regarde tous ces commentaires sur mon blog ! Ca veut dire que j’ai raison ! » Game Over
4. SOUPIR.
5. « Vous savez, pour une fois j’ai cru que peut-être ça allait différent de toutes les autres fois où une femme a dit quelque chose sur Internet à propos du sexisme. »
6. « Je n’aurai rien dû dire. » – Et répéter.
7. Le but de tout ça est de voir comment le système fait de nous des esclaves. Peu importe, voici un chaton.

Véhiculé par Boulet – Chicago

The Hawkeye Initiative

« Si ton personnage féminin peut être remplacé par [le superhéros masculin Hawkeye] dans la même pose sans que ça ait l’air ridicule ou stupide, alors c’est acceptable et sans doute pas sexiste. Si ça n’est pas possible, alors laisse tomber. »

La Hawkeye Initiative est un projet lancé en Décembre 2012 pour attirer l’attention sur les poses et costumes ridiculement sexualisés des personnages féminins dans les comics.
Le principe est très simple : dessiner le super-héros masculin Hawkeye de la même manière pour faire ressortir le double standard… L’initiative a immédiatement eu un succès énorme, avec des résultats souvent hilarants :

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Attention cependant : la Hawkeye Initiative a pour but de démontrer la différence de traitement et de perception selon le genre du personnage ainsi que l’absurdité de poses et de costumes tellement normalisés dans le média… Il ne s’agit pas de ridiculiser des personnages masculins « efféminés » et ainsi de tomber dans de l’humour sexiste, homophobe et/ou transphobe !

L’initiative a inspiré un cosplayer, qui a donné ici une excellente interview sur les implications politiques de la Hawkeye Initiative et les questions qu’elle pose.

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« [La Hawkeye Initiative] traite d’un problème sérieux de façon légère, ce que j’apprécie, mais j’ai aussi l’impression que beaucoup de gens l’apprécient pour de mauvaises raisons : pour certains, les dessins sont drôles parce que « cette pose/ce costume a l’air gay » ou « les hommes efféminés sont ridicules ». Là, ça commence à être de de l’humour homophobe et transmisogyne, ce qui est vraiment moche. Malgré ce problème, j’aime beaucoup des dessins proposés pour des raisons plus proches de l’initiative initiale : ils montrent l’absurdité des costumes et des poses, peu importe le genre et l’orientation du personnage.

J’ai entendu beaucoup de gens dire qu’ils aiment la Hawkeye Initiative parce qu’elle produit des dessins sexy d’hommes, et je pense que c’est un bon point de vue parce que ça reste positif et optimiste ; la vision encourageante, pour moi, c’est « les hommes peuvent être représentés comme sexy » plutôt que « c’est drôle quand les hommes sont représentés de façon sexy ». »

« Contrairement à beaucoup de femmes qui portent des cosplay sexy, [le cosplayer] indique que personne ne l’a accusé d’être un « faux geek », et il n’a pas subi d’interrogatoire sur sa connaissance de Hawkeye (dont il ne savait pas grand chose). C’est très différent de l’expérience des cosplayeuses, surtout les cosplayeuses sexy, qui sont souvent considérées comme des Fake Geek Girls (filles faussement geeks) jusqu’à preuve du contraire par une grande partie des communautés geeks. »

Autres sources :
http://www.geekeccentric.com/the-hawkeye-initiative/
http://knowyourmeme.com/memes/the-hawkeye-initiative

« Je peux jamais trouver de bonnes salopes, toutes les bonnes détestent les comics »

"Je peux jamais trouver de bonnes salopes qui veulent de moi, je déteste ça. C'est sans doute parce que toutes les bonnes détestent les comics."

« Je peux jamais trouver de bonnes salopes qui veulent de moi, je déteste ça. C’est sans doute parce que toutes les bonnes détestent les comics. »

C’est sûrement la raison oui… Joli combo : misogynie, « mais pourquoi ces salopes ne veulent pas de moi » (vraiment on se demande), « les belles femmes n’aiment pas les comics »…

Entendu en magasin de comics, rapporté sur OurValuedCustomers (collection de propos entendus en comic store)